Accueil | Aller au contenu | Politique d'accessibilité

Détail de la notice Drast-OUV00000227
Culture (la) du risque des ingénieurs des Centres d'études techniques de l'Equipement. Etude exploratoire.
VIDAL-NAQUET (Pierre)
CENTRE D'ETUDE ET DE RECHERCHE SUR LES PRATIQUES DE L'ESPACE ; CERPE
CENTRE DE PROSPECTIVE ET DE VEILLE SCIENTIFIQUE ; CPVS ; DIRECTION DE LA RECHERCHE ET DES AFFAIRES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES ; DRAST ; MINISTERE DE L'EQUIPEMENT
Lyon : CERPE, 1996.- 67 p., réf. bibliogr.
(contrat n° 95PVS001 )
Etude du positionnement des centres d'études techniques de l'Equipement (CETE) dans le champ émergent des risques et de la sécurité. Des enquêtes ont été menées dans les CETE de Lyon et d'Aix-en-Provence, ainsi que dans les laboratoires régionaux des Ponts-et-Chaussées de Lyon, Clermond-Ferrand, Aix-en-Provence et Nice. Dans un premier temps, la structure et le fonctionnement des CETE est décrit. La deuxième partie tente de repérer la place du risque au sein de l'activité des CETE : il apparaît que celui-ci ne constitue pas un domaine d'activité particulier, mais une préoccupation transversale. Enfin la troisième partie analyse le rôle des ingénieurs et des experts dans le contexte des CETE et face à la forte demande sociale de sécurité.

A l'origine de cette recherche, un questionnement sur les modalités d'intervention des ingénieurs des CETE dans un domaine d'activité émergent, celui de la gestion du risque et de la sécurité. Au terme de cette étude exploratoire, réalisée à partir d'une trentaine d'entretiens auprès d'ingénieurs du CETE Méditerranée et du CETE de Lyon, il apparaît que le risque ne constitue pas dans les CETE un domaine d'activité particulier, susceptible de générer la formation d'agents spécialisés dans le traitement des dangers. L'ingénierie publique ne semble pas s'être enrichie d'un nouveau métier, celui de " cyndinicien ". En revanche, la question du risque traverse depuis toujours le quotidien de l'ingénieur quel que soit, par ailleurs, son champ d'intervention. S'il ne fait pas toujours l'objet d'une forte visibilisation, le risque est néanmoins consubstantiel à toute action. Dans sa pratique, l'ingénieur est mobilisé, à un moment ou à un autre, pour protéger les objets techniques contre d'éventuelles agressions extérieures, pour en assurer la sûreté et la fiabilité, et enfin pour préserver l'environnement (au sens large) contre leurs éventuelles défaillances. Il reste que cette activité de " traitement " du risque n'est pas toujours isolable de l'activité de l'ingénieur. Il n'est pas rare, en effet, que la réduction d'un risque procède non point d'une action spécifique et univoque, mais au contraire d'une action plurielle, poursuivant simultanément plusieurs finalités. Dans ces cas là, la sûreté est adjacente à l'activité principale. Elle n'en est que le " sous-produit ", ce qui ne signifie pas bien sûr qu'elle n'est pas un objectif essentiel. Simplement, elle devient un objectif intégré à d'autres objectifs dont elle devient en quelques sortes inséparable. Pour les ingénieurs des CETE qui sont le plus souvent des généralistes, le traitement du risque est une activité qui s'effectue " à bas bruit ". Or, les experts-ingénieurs qui exercent, le plus souvent, leur activité de traitement du risque dans la discrétion et qui l'intègrent dans leur quotidien de façon " routinisée ", se trouvent aujourd'hui confrontés à l'émergence d'une forte demande publique de sécurité, laquelle s'exprime aussi bien au travers des médias, de la réglementation, des élus, de l'administration, du tissu associatif que de l'action judiciaire. Cette demande de sécurité, aussi floue qu'étendue, s'adresse en particulier aux experts qui sont d'autant plus sensibles à cette demande qu'en tant que citoyens ils en sont aussi, eux-mêmes, les porteurs. Il paraît naturel en effet, dans un monde envahi par les objets techniques, de s'en remettre au savoir scientifique et technique pour résoudre les problèmes de sécurité, c'est-à-dire pour connaître le risque, pour prévenir son occurrence ou bien pour proposer des parades les plus efficaces en cas de réalisation de celui-ci. La demande sociale tend à placer les experts " en première ligne " pour contribuer à la sécurisation de la société. Ces nouvelles exigences de sécurité ne s'accommodent pas d'une activité ingénieuriale menée " en sourdine ". L'atténuation des peurs sociales passe par une visibilisation des opérations qui sont proposées pour réduire le risque. Solliciter l'expert ne signifie pas s'en remettre à lui " les yeux fermés " et accepter ses verdicts sans vérification. Celui-ci est donc amené à exposer non seulement ses conclusions mais aussi l'itinéraire qui l'y a conduit. On peut donc dire que la demande sociale invite l'expert à détacher, à séparer son activité de traitement du risque, du reste de son activité afin qu'il puisse en rendre compte. Mais l'exhaussement de l'activité experte concernant le risque se heurte à certaines difficultés. En effet, pour mener à bien cette tâche, l'ingénieur n'est fermement encadré ni par la science, ni par des directives institutionnelles. L'expert dispose, en effet, d'une très grande autonomie dans son institution. Il ne lui est pas possible non plus de s'adosser systématiquement aux avancées de la science et de la technique pour afficher des certitudes. En matière de risques notamment, l'expert est très souvent confronté à une incertitude résiduelle qui ne peut être totalement supprimée. En sorte que, loin de répondre clairement aux demandes qui lui sont adressées en matière de sécurité, l'expert est pratiquement toujours amené à plus ou moins " décevoir " les attentes sociales. S'il fait part de ses doutes, il s'expose à voir sa légitimité et son autorité entamées. S'il tait ses doutes ; il court le risque d'être démenti par les faits. Dans l'incapacité de se fonder uniquement sur les connaissances scientifiques ou encore sur des directives réglementaires ou administratives précises, l'expert est donc conduit à occuper, seul, un champ qui n'est pas reconnu socialement comme relevant de sa propre compétence. Finalement la question du risque place les ingénieurs des CETE dans une position tout aussi inconfortable qu'indéterminée. Le risque l'occupe quotidiennement sans pour autant constituer une activité particulière. La demande sociale de sécurité le pousse au contraire à isoler le champ du risque du reste de son activité ce qui l'amène souvent à exprimer des incertitudes là où on attend de lui qu'il donne les certitudes qui rassurent. Afin de neutraliser l'érosion de légitimité qui en résulte, l'expert peut être tenté par deux attitudes entre lesquelles il ne cesse d'osciller : soit des positions de repli, soit au contraire des positions d'extension de son champ d'action y compris sur des registres qui ne sont pas socialement admis comme scientifiques ou techniques. Cette oscillation ne manque pas d'être la source d'un certain malaise dans l'institution dont le terme ne semble pouvoir passer que par l'élaboration collective d'une " déontologie ", c'est-à-dire par une redéfinition des " règles de l'art " de l'ingénieur qui tienne compte d'un savoir-faire particulier : celui de médiateur dans le processus de construction de l'intérêt collectif. Cette " déontologie " est peut-être un préalable au traitement par les CETE de la question de la sécurité.
EQUIPEMENTS COLLECTIFS ; INFRASTRUCTURES ; METHODES ; RISQUES
OUVRAGE D'ART ; SERVICES DU MINISTERE
EQUIPEMENT COLLECTIF ; OUVRAGE D'ART ; METHODE ; CETE ; INGENIEUR ; EXPERTISE ; METIER ; EXERCICE DES COMPETENCES ; DANGER ; SECURITE ; RISQUES NATURELS ; RAPPORT DE RECHERCHE ; RISQUE
COLLECTIVE FACILITIES ; CIVIL ENGINEERING WORK ; METHOD ; TECHNICAL STUDIES CENTRE OF THE MINISTRY OF PUBLIC WORKS ; ENGINEER ; EXPERT OPINION ; ACTIVITY ; PRACTICE OF ABILITIES ; DANGER ; SAFETY ; NATURAL RISKS ; RESEARCH REPORT ; RISK
FRANCE
RCPVS96-002

Document  < > /279